Gebel el Silsila : carrières de grès et escale en dahabieh
Mis à jour le 19 octobre 2026
En bref
Gebel el Silsila est l'ancienne carrière de grès où les pharaons ont taillé la pierre de Karnak, de Louxor puis d'Edfou, là où le Nil se resserre entre Edfou et Kom Ombo. On y découvre les grandes stèles du Nil, des chapelles taillées dans la falaise et le spéos d'Horemheb. Sans quai, le site se visite surtout en dahabieh, amarrée à la berge, en une heure et demie environ.
Poser la question sur WhatsAppEntre Edfou et Kom Ombo, le Nil change brusquement de caractère. Les champs de canne et les palmeraies s'effacent, deux murailles de grès blond se dressent de part et d'autre, et le courant prend de la vitesse dans le goulet. C'est Gebel el Silsila, la grande carrière de l'Égypte des pharaons. Aucune route touristique n'y mène et aucun paquebot n'y fait halte : on y arrive par l'eau, à bord d'un voilier, et l'on y passe souvent la nuit.
Le carnet Entre Esna et Assouan, les sites que les grands bateaux ne voient pas place cette escale dans l'ensemble du parcours. Celui-ci la regarde de près : ce qu'il faut voir, à quelle heure, combien de temps, et comment l'équipage s'y prend pour amarrer le bateau au pied de la falaise.
Gebel el Silsila : à quoi servait ce goulet du Nil ?
Les anciens Égyptiens nommaient l'endroit Kheny, un nom que les égyptologues rapprochent de l'idée de rame et de passage sur l'eau. L'appellation arabe signifie « la chaîne » : selon une tradition locale, une chaîne aurait été tendue d'une berge à l'autre pour contrôler la navigation. Légende ou souvenir, l'image est juste. Nulle part en Haute-Égypte le lit du fleuve n'est aussi serré.
Ce goulet doit tout à sa pierre. Le grès de Silsila se débite en blocs réguliers, se sculpte bien et autorise de longues architraves. À partir du Nouvel Empire, il remplace peu à peu le calcaire dans les grands chantiers du Sud : Karnak, le temple de Louxor, le Ramesseum, puis, bien plus tard, les sanctuaires ptolémaïques d'Edfou et de Kom Ombo en ont tiré une grande partie de leurs volumes. L'extraction a duré jusqu'à l'époque romaine. Les blocs partaient sur des barges qui descendaient le courant vers le nord, jusqu'aux chantiers de Thèbes.
Le lieu n'était pas seulement industriel. On y vénérait Hâpy, la crue personnifiée, et Sobek, le dieu crocodile omniprésent dans la région. Quand l'eau commençait à monter, l'été, c'est ici que les rois du Nouvel Empire faisaient consacrer des offrandes au fleuve, et ils l'ont fait graver dans la roche.
Que voir à Gebel el Silsila ?
La plupart des dahabiehs se concentrent sur la rive ouest, où les monuments s'échelonnent sur environ un kilomètre au pied de la paroi. Quelques programmes traversent aussi vers la rive est, celle des plus vastes carrières.
| Monument | Rive | Époque | À regarder |
|---|---|---|---|
| Spéos d'Horemheb | Ouest | Fin de la XVIIIe dynastie, ajouts ramessides | Façade à piliers, retour triomphal de Nubie, statues du sanctuaire |
| Chapelles rupestres | Ouest | XVIIIe dynastie surtout | Niches ouvertes sur l'eau, statues assises taillées dans la masse |
| Grandes stèles du Nil | Ouest, au sud | Séthi Ier, Ramsès II, Mérenptah | Textes fixant les offrandes à Hâpy |
| Carrières de la rive ouest | Ouest | Nouvel Empire à l'époque romaine | Fronts de taille en gradins, marques de carriers |
| Grandes carrières | Est | Nouvel Empire à l'époque romaine | Couloirs à ciel ouvert, stèle d'Akhénaton, gravures anciennes |
Le spéos d'Horemheb
C'est le cœur de la visite. Horemheb, militaire devenu roi à la toute fin de la XVIIIe dynastie, fit creuser ce sanctuaire dans le flanc de la montagne. On y entre par une façade percée de plusieurs portes, séparées par des piliers laissés dans la roche. Derrière, une salle allongée et un petit sanctuaire où des divinités assises, dont Amon et Sobek, partagent la banquette avec le roi lui-même.
Deux reliefs méritent qu'on s'attarde. Le premier montre Horemheb revenant d'une campagne en Nubie, porté sur un palanquin par ses soldats, au milieu des captifs. Le second le représente enfant, nourri au sein par une déesse : une façon d'affirmer une légitimité divine pour un souverain qui n'était pas né fils de roi. Sous Ramsès II, des dignitaires, dont le prince Khâemouaset, ont ajouté leurs propres textes sur les parois. Le spéos est donc un palimpseste, que l'on lit mieux avec un guide.
Les chapelles rupestres
En suivant la falaise vers le sud, on longe une suite de petites chapelles creusées dans le grès, parfois à quelques mètres seulement au-dessus du fleuve. Ce sont des cénotaphes : de hauts fonctionnaires de la XVIIIe dynastie, qui reposaient ailleurs, voulaient être présents en ce lieu sacré de la crue. Beaucoup gardent leurs statues assises, sculptées dans la paroi même, le défunt entouré de son épouse ou de ses parents. L'une d'elles est attribuée à Senenmout, le grand intendant d'Hatchepsout. Les visages ont souffert, les corniches à gorge sont souvent intactes, et l'alignement de ces façades miniatures face à l'eau donne au site son allure singulière.
Les stèles et les carrières
À l'extrémité sud, un petit groupe de grandes stèles cintrées, encadrées comme des portes, porte les décrets de Séthi Ier, de Ramsès II et de Mérenptah sur les offrandes dues au Nil. Un peu plus loin s'ouvrent les carrières de la rive ouest : fronts de taille en escalier, rainures parallèles laissées par les outils, blocs à demi détachés, signes de carriers et comptes tracés à l'ocre ou gravés.
Sur la rive est, l'échelle change. Les grandes carrières forment de véritables avenues à ciel ouvert entre des parois verticales. Une stèle d'Akhénaton y rappelle l'extraction de pierre pour un temple d'Aton à Karnak. Des fouilles menées ces dernières années ont dégagé sur cette rive les vestiges d'un temple, et les environs conservent des gravures rupestres bien antérieures aux pharaons.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Pour la rive ouest, une heure et demie suffit à un pas tranquille, guide compris. Le sentier n'est pas long, mais chaque chapelle invite à s'arrêter. Si le bateau traverse vers les carrières de l'est, ajoutez une heure. Beaucoup de dahabiehs choisissent de rester amarrées pour la nuit : on visite à l'arrivée, puis l'on peut revenir marcher seul le long de la falaise au lever du jour, avant le départ.
Quel est le meilleur moment de la journée et de l'année ?
La falaise ouest regarde vers l'est. Le matin, le soleil frappe donc de face le spéos et les chapelles, et les reliefs gravés en creux se détachent nettement ; l'heure idéale pour les photos. L'après-midi, la paroi bascule dans l'ombre : la promenade est plus fraîche, la lumière plus douce, mais les détails se lisent moins bien. Au crépuscule, c'est la rive est qui s'allume pendant que l'ouest s'éteint, et le spectacle se regarde depuis le pont.
Pour la saison, octobre à avril reste la fenêtre la plus agréable : chaleur supportable dans la journée, fraîcheur le soir sur le pont, vent du nord régulier pour remonter le fleuve. De mai à septembre, la pierre renvoie la chaleur et le site n'offre presque aucune ombre ; plusieurs flottes mettent d'ailleurs leurs voiliers au repos au cœur de l'été. En décembre et en janvier, le soleil se couche tôt, peu après 17 heures : un bateau qui arrive tard n'aura qu'une courte fenêtre de bonne lumière. Le guide quelle saison pour naviguer en dahabieh détaille ces écarts mois par mois.
Quant à la foule, elle n'existe pas. Les jours où plusieurs voiliers s'y arrêtent, on croise quelques petits groupes ; le reste du temps, le gardien et votre guide sont les seules présences.
Comment une dahabieh s'amarre-t-elle à Gebel el Silsila ?
Il n'y a ni quai ni ponton. Le capitaine approche la berge à faible allure, deux marins sautent à terre avec les aussières, les nouent à des piquets plantés dans le sable ou autour d'un rocher, puis l'on pose une planche entre le pont et la rive. Toute la manœuvre repose sur le faible tirant d'eau du voilier, capable de venir à quelques mètres du bord là où un bateau de croisière long de plusieurs dizaines de mètres doit rester dans le chenal.
Le passage lui-même demande un peu de métier. Dans le goulet, le courant est plus vif et le vent tourne entre les falaises. Quand la brise du nord faiblit, la plupart des dahabiehs se font aider par un remorqueur ou une vedette d'appoint ; c'est la règle sur ce tronçon, pas un aveu de faiblesse. Certaines, comme Abundance, naviguent sans moteur du tout et composent avec le vent.
Le jour de l'escale dépend du bateau et du sens du voyage :
| Bateau | Sens et départ | Place de l'escale |
|---|---|---|
| Assouan, Adelaïde, Poppee | Esna vers Assouan, le lundi | Jour 4 sur 6, après une journée de pure navigation |
| Amunet, Aida | Esna vers Assouan, le samedi | Jour 3 ; Amunet passe la nuit près du temple illuminé |
| Loulia | Esna vers Assouan le jeudi, retour le lundi | Entre Edfou et Kom Ombo, à l'aller comme au retour |
| Safiya 1 | Assouan vers Louxor, le vendredi le plus souvent | Tôt dans le voyage, après Kom Ombo |
| Eyaru | Sept nuits, le samedi, dans les deux sens | Associée à l'île de Bassawa |
| Merit I | Louxor vers Assouan le samedi, retour le mercredi | Amarrage le long de la falaise |
L'escale figure aussi au programme des voiliers de l'armateur Lazuli, de Nebyt, Le Yacht ou La Rose. Les programmes évoluent d'une saison à l'autre : vérifiez toujours le déroulé détaillé avant de réserver.
Faut-il un billet pour Gebel el Silsila ?
Oui, le site est gardé et l'entrée est payante. Aucune fourchette fiable pour 2026 ne figure dans nos sources ; plutôt que d'avancer un chiffre, nous vous renvoyons au guichet : le montant se vérifie sur place ou auprès du bateau. Sur la plupart des dahabiehs, les droits d'entrée des sites inscrits au programme sont compris dans le forfait des visites ; demandez-le noir sur blanc. Un petit pourboire au gardien qui ouvre une chapelle ou éclaire un recoin du spéos est d'usage, d'où l'intérêt de garder quelques billets de petite valeur.
Photos, tenue, sécurité : les conseils pratiques
- Chaussures fermées : le sentier mêle sable, dalles irrégulières et quelques marches taillées.
- Une lampe : le fond du spéos est sombre, et une frontale révèle des détails que l'on manquerait.
- Eau, couvre-chef et protection solaire : aucune buvette, aucun abri sur le site.
- Pas de flash sur les reliefs peints et pas de main sur les parois ; le grès est fragile.
- Pas de drone : leur usage est interdit en Égypte sans autorisation, et les gardiens le rappellent.
- Prudence au bord des chapelles : certaines surplombent l'eau sans garde-corps, attention avec les enfants.
- Tenue : des vêtements légers qui couvrent épaules et jambes protègent du soleil et conviennent partout.
Que combiner avec Gebel el Silsila ?
L'escale s'inscrit entre deux grands temples. Au nord, Edfou et son temple d'Horus, que l'on rejoint en calèche ; un peu plus haut encore, El Kab et ses tombes peintes. Au sud, Kom Ombo, posé au bord de l'eau, se visite volontiers en fin d'après-midi le jour suivant. Entre les deux, les îles cultivées comme Bassawa ou Al Ramady servent de mouillage pour le déjeuner, et Daraw, avec son marché aux chameaux, prolonge parfois le voyage. Au bout de la route, Assouan et quelques heures dans un village nubien ferment la boucle.
Pour sentir le rythme qui relie ces escales, le carnet une journée à bord d'une dahabieh raconte une journée type, et la page privatiser explique comment composer votre propre programme, par exemple avec une nuit de plus au pied de la falaise. La flotte rassemble les voiliers qui naviguent sur ce tronçon.
Vous hésitez entre plusieurs voiliers ? Écrivez-nous sur WhatsApp avec vos dates : nous vous dirons quel bateau s'arrête à Gebel el Silsila, quel jour, dans quel sens, et s'il y passe la nuit.
Questions fréquentes
Où se trouve Gebel el Silsila ?+
Sur le Nil de Haute-Égypte, entre Edfou au nord et Kom Ombo au sud, à environ 65 km au nord d'Assouan. Le site occupe les deux rives d'un resserrement du fleuve, bordé de falaises de grès. Les monuments que l'on visite le plus, le spéos d'Horemheb et les chapelles rupestres, se trouvent sur la rive ouest, au pied de la paroi.
Les grands bateaux de croisière s'arrêtent-ils à Gebel el Silsila ?+
Non, en règle générale. Il n'y a pas de quai aménagé, et les bateaux à moteur enchaînent directement Edfou et Kom Ombo. Moins longues et calant peu, les dahabiehs savent s'amarrer à la berge avec une simple planche, ce qui fait de cette escale l'une des signatures du voyage à la voile entre Esna et Assouan.
Que voir en priorité si le temps est compté ?+
Le spéos d'Horemheb d'abord, pour ses reliefs du retour de Nubie et ses statues taillées dans la roche. Ensuite, quelques chapelles rupestres de la XVIIIe dynastie, alignées face au fleuve. Si vous avez encore vingt minutes, poussez jusqu'aux grandes stèles du Nil et au premier front de carrière, où les traces d'outils sont bien visibles.
Peut-on passer la nuit au mouillage à Gebel el Silsila ?+
Oui, c'est même fréquent. Plusieurs dahabiehs arrivent en fin d'après-midi, visitent, puis restent amarrées jusqu'au lendemain. Certaines programment la nuit près du temple illuminé. Le site est alors d'un calme absolu, et une courte marche à l'aube le long de la falaise, avant le départ, compte parmi les beaux moments du voyage.
La visite est-elle difficile physiquement ?+
Elle reste accessible à la plupart des voyageurs : le sentier de la rive ouest est court et presque plat, avec quelques marches et passages sablonneux. La difficulté tient surtout à la chaleur et à l'absence d'ombre. Les personnes à mobilité réduite doivent savoir que le débarquement se fait par une planche posée sur la berge, sans ponton.
Faut-il un guide pour visiter Gebel el Silsila ?+
C'est vivement conseillé. Les reliefs du spéos sont superposés sur plusieurs règnes et les chapelles se ressemblent à première vue ; sans explications, on passe à côté de l'essentiel. La plupart des dahabiehs embarquent un guide égyptologue qui accompagne chaque escale. Vérifiez qu'il est bien prévu sur votre départ avant de réserver.