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Entre Esna et Assouan, les sites que les grands bateaux ne voient pas

Mis à jour le 11 octobre 2026

Sur le Nil de Haute-Égypte, les grands bateaux suivent une partition bien connue : Edfou, Kom Ombo, Assouan. Entre ces escales, ils filent au moteur, et les berges ne sont qu'un décor. La dahabieh, elle, avance au rythme du vent et s'amarre où son tirant d'eau le permet. C'est ce qui lui ouvre une autre géographie : des sites que les autocars ne desservent guère, où les visiteurs se comptent sur les doigts d'une main, et où l'on entre souvent seul.

Voici, du nord au sud, ces haltes discrètes du tronçon Esna – Assouan. Leur présence au programme dépend du bateau, du vent et de l'accès aux sites ; l'itinéraire type montre comment elles s'enchaînent.

Esna, le temple au fond de la ville

Le voyage commence par un paradoxe. Le temple de Khnoum, dieu potier à tête de bélier, se trouve en contrebas des rues d'Esna, à près de neuf mètres sous le niveau de la ville actuelle : au fil des siècles, les maisons se sont élevées sur leurs propres ruines, et seule la salle hypostyle a été dégagée. On y descend par un escalier, comme dans une crypte à ciel ouvert.

Ce que l'on découvre là-dessous date de l'époque gréco-romaine : des colonnes aux chapiteaux tous différents, un plafond astronomique, des textes couvrant chaque surface. Les restaurations récentes ont fait réapparaître, sous la suie et la poussière, des couleurs que l'on croyait perdues.

El Kab, la cité de la déesse vautour

À une trentaine de kilomètres au sud d'Esna, sur la rive est, s'étendait Nekheb, l'une des plus anciennes villes de la vallée. Elle était consacrée à Nekhbet, la déesse vautour, protectrice de la Haute-Égypte. Avec Ouadjet, la déesse cobra du Nord, elle formait l'un des titres de la royauté pharaonique : celui des « Deux Maîtresses ».

Trois ensembles composent le site :

  • La grande enceinte de briques crues, dont les murs, d'une épaisseur impressionnante, entourent encore l'emplacement de la ville et de ses temples.
  • Les tombes rupestres creusées dans la colline voisine, celles des notables de la région au début du Nouvel Empire.
  • Les petits sanctuaires du désert, plus loin dans le ouadi, dont une chapelle bâtie sous Amenhotep III.

Les tombes, ou la vie quotidienne en couleurs

Ce sont elles qui font la réputation d'El Kab. Dans la tombe de Paheri, les parois racontent l'année agricole : labours, semailles, moissons, foulage du raisin, pesée du grain, bateaux chargés. Les scènes sont fines, vivantes, et d'une fraîcheur étonnante.

La tombe d'Ahmès, fils d'Abana, est célèbre pour une autre raison : son long texte autobiographique. Cet officier de marine y relate ses campagnes aux côtés des premiers rois de la XVIIIe dynastie, dont la guerre contre les Hyksôs. C'est l'une des sources écrites majeures sur cette période charnière.

D'autres tombes, plus modestes, complètent la visite. Le site reste peu fréquenté : les grands bateaux ne s'y arrêtent pas.

Sur l'autre rive, Nekhen

En face d'El Kab, sur la rive ouest, s'étend le site de Nekhen, que les Grecs appelèrent Hiérakonpolis, la « ville du faucon ». C'est l'un des berceaux de la royauté égyptienne ; c'est là qu'a été découverte la palette de Narmer, aujourd'hui au musée du Caire. Le site, surtout archéologique, se visite rarement, mais savoir qu'il est là, de l'autre côté de l'eau, donne au paysage une profondeur particulière.

Edfou, à l'heure où personne n'est là

Le temple d'Horus n'a rien de confidentiel : c'est le mieux conservé d'Égypte, et l'un des plus visités. Mais la dahabieh change l'expérience. En s'amarrant à l'écart et en jouant sur les horaires, elle permet souvent de le découvrir tôt, quand la cour est encore dans l'ombre et que les groupes ne sont pas arrivés. On le rejoint en calèche, au petit trot dans les rues de la ville.

Gebel el-Silsila, la carrière des pharaons

Plus au sud, le fleuve se resserre brusquement entre deux falaises de grès. Le lieu s'appelle Gebel el-Silsila, et il a fourni pendant des siècles la pierre des temples de Haute-Égypte. Une grande partie des blocs de Karnak et de Louxor est sortie de ces parois.

Ce que l'on voit aujourd'hui :

  • Les carrières elles-mêmes, immenses salles à ciel ouvert, où l'on distingue encore les traces d'outils et les blocs abandonnés en cours d'extraction.
  • Le spéos d'Horemheb, sur la rive ouest, petit temple creusé dans la roche, avec ses reliefs encore lisibles.
  • Une rangée de chapelles rupestres, ouvertes sur le fleuve, dédiées par de hauts fonctionnaires du Nouvel Empire.
  • Des stèles royales gravées dans la falaise, dont plusieurs associées au culte de Hâpy, le dieu de la crue.

Il n'y a aucune route touristique jusqu'ici. On arrive par l'eau, on débarque au pied de la falaise, et souvent le bateau passe la nuit sur place. Le soir, quand la roche passe de l'ocre au rose, puis au violet, le silence est total.

Kom Ombo, puis les berges de Daraw

Le temple double de Kom Ombo, consacré à Sobek le crocodile et à Haroëris le faucon, figure sur tous les programmes. Ce qui change en dahabieh, c'est l'heure : on le voit volontiers au coucher du soleil, quand les colonnes se découpent sur le ciel. Juste à côté, un petit musée présente des crocodiles momifiés retrouvés dans la région.

Un peu plus au sud, Daraw accueille un marché aux chameaux, où convergent des bêtes venues du Soudan. Il ne se tient pas tous les jours, et son ambiance n'a rien de touristique : c'est précisément ce qui en fait l'intérêt.

Les îles du fleuve

Entre les temples, le Nil est semé d'îles. Certaines sont de simples bancs de sable que la saison découvre ou recouvre ; d'autres sont cultivées, habitées, plantées de palmiers. Les dahabiehs s'y amarrent pour le déjeuner, pour une baignade quand l'équipage l'estime sûr, ou pour la nuit. Aucune n'est un « site » au sens des guides, et pourtant ce sont souvent elles qui laissent le souvenir le plus net : un village où l'on est invité à boire le thé, un champ de fèves, des enfants qui accourent.

Aux portes d'Assouan : le granit et les inscriptions

Le paysage change à l'approche de la première cataracte. Le grès cède la place au granit, des blocs noirs et lisses émergent de l'eau, et les îles se multiplient.

Lieu Ce qu'on y trouve
Île de Sehel Rochers couverts de centaines d'inscriptions laissées par des expéditions ; la stèle de la Famine
Île Éléphantine Ruines des temples de Khnoum et de Satet, nilomètre antique, villages nubiens
Île Kitchener Jardin botanique planté d'essences venues de plusieurs continents
Qubbet el-Hawa Tombes des gouverneurs de l'Ancien et du Moyen Empire, creusées dans la colline de la rive ouest
Monastère Saint-Siméon Couvent copte fortifié, dans le désert de la rive ouest

Plus au sud encore, au-delà de l'ancien barrage, l'île de Biga fait face à Philae. Les Égyptiens y situaient l'une des sépultures d'Osiris, un lieu si sacré que l'accès en était réservé aux prêtres. On l'aperçoit depuis le temple d'Isis, de l'autre côté du chenal, et le dialogue des deux îles éclaire tout le sens du sanctuaire.

Sehel mérite une mention particulière. Ses rochers portent des graffitis laissés au fil des siècles par des fonctionnaires, des militaires, des voyageurs partis vers le sud. Parmi eux, la stèle de la Famine, gravée à l'époque ptolémaïque, raconte une sécheresse de sept années sous le roi Djéser et la manière dont le dieu Khnoum y aurait mis fin.

À Qubbet el-Hawa, les tombes des gouverneurs d'Éléphantine dominent le fleuve. L'une d'elles, celle de Herkhouf, conserve le récit de ses expéditions vers le sud et une lettre du jeune roi Pépi II, impatient de voir le danseur pygmée que l'explorateur lui ramenait. La montée est raide ; la vue sur Assouan, au sommet, la justifie largement.

Pourquoi seuls les voiliers s'y arrêtent

Ce n'est pas un hasard si ces sites restent à l'écart. Les grands bateaux, longs de plusieurs dizaines de mètres, ont besoin de quais aménagés et suivent un horaire serré entre deux escales majeures. Une dahabieh, plus petite et à faible tirant d'eau, peut s'approcher d'une berge, poser une passerelle sur le sable, et adapter son programme au fil des jours.

Pour en profiter pleinement, quelques conseils :

  • Demandez le programme détaillé avant de réserver : tous les voiliers ne s'arrêtent pas à El Kab ou à Gebel el-Silsila.
  • Prévoyez de bonnes chaussures : on accède à certains sites par des sentiers caillouteux ou des pentes de sable.
  • Gardez une lampe pour les tombes peu éclairées.
  • Laissez de la place à l'imprévu : un vent contraire ou un marché qui se tient ce jour-là peuvent modifier l'ordre des escales.

Le déroulé d'une journée type, entre navigation et visites, est raconté dans le carnet une journée à bord d'une dahabieh. Et pour composer votre propre programme autour de ces escales, la location du bateau entier, présentée sur la page privatiser, offre toute la souplesse nécessaire. Les voiliers qui naviguent sur ce tronçon sont réunis dans la flotte.

Questions fréquentes

Pourquoi les grands bateaux ne s'arrêtent-ils pas à El Kab ?+

Les bateaux de croisière classiques ont besoin de quais aménagés et suivent un programme serré entre les grandes escales. El Kab et Gebel el-Silsila ne disposent pas de telles infrastructures. Les dahabiehs, plus petites et au faible tirant d'eau, peuvent accoster le long d'une berge, ce qui leur permet d'inclure ces sites dans leur navigation.

Que voit-on dans les tombes d'El Kab ?+

Les tombes rupestres des notables du début du Nouvel Empire. Celle de Paheri montre en détail les travaux agricoles, des labours aux vendanges, avec des scènes très bien conservées. Celle d'Ahmès, fils d'Abana, porte un long texte autobiographique sur les guerres menées contre les Hyksôs. Le site comprend aussi une vaste enceinte de briques crues et de petits sanctuaires dans le désert.

Qu'est-ce que Gebel el-Silsila ?+

C'est un resserrement du Nil entre deux falaises de grès, au nord de Kom Ombo, qui a servi de carrière pendant des siècles. Une grande partie de la pierre des temples de Karnak et de Louxor en provient. On y visite les carrières, le spéos d'Horemheb, des chapelles rupestres et des stèles royales gravées dans la roche.

Toutes les dahabiehs s'arrêtent-elles aux mêmes sites ?+

Non. Le programme varie d'un bateau à l'autre et peut évoluer selon le vent, le niveau de l'eau ou l'accès aux sites. La plupart incluent Esna, Edfou, Kom Ombo et Assouan ; El Kab, Gebel el-Silsila et certaines îles dépendent de l'itinéraire choisi. Demandez le programme détaillé avant de réserver, ou louez le bateau entier pour le composer.

Que peut-on visiter autour d'Assouan en dehors de Philae ?+

L'île Éléphantine et ses ruines antiques, le jardin botanique de l'île Kitchener, l'île de Sehel avec ses rochers couverts d'inscriptions et la stèle de la Famine, les tombes des gouverneurs de Qubbet el-Hawa et le monastère Saint-Siméon sur la rive ouest. Plusieurs de ces lieux se rejoignent en felouque ou en bateau à moteur.

Faut-il un équipement particulier pour ces visites ?+

De bonnes chaussures fermées, car certains sites s'abordent par des sentiers caillouteux ou des pentes de sable, notamment à Qubbet el-Hawa. Une petite lampe aide dans les tombes peu éclairées. Chapeau, eau et protection solaire restent indispensables, les sites isolés offrant rarement de l'ombre ou des points de vente à proximité.