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Une journée à bord d'une dahabieh, heure par heure

Mis à jour le 11 octobre 2026

Il n'y a pas d'horaire affiché à la réception d'une dahabieh, pour la bonne raison qu'il n'y a pas de réception. Le programme tient en quelques mots échangés la veille avec le guide : on lèvera l'ancre tôt, on verra un temple dans l'après-midi, on dormira peut-être au pied d'une falaise. Le reste appartient au vent.

Voici, pourtant, à quoi ressemble une journée ordinaire sur ces voiliers du Nil, entre Esna et Assouan.

Le fil de la journée

Moment Ce qui se passe à bord
L'aube Thé ou café sur le pont, l'équipage hisse les voiles
La matinée Navigation lente, petit-déjeuner servi dehors
Fin de matinée Escale à terre, ou baignade près d'un banc de sable
Midi Déjeuner à l'ombre des tauds, parfois sur la berge
Le début d'après-midi Sieste, lecture, paysage qui défile
La fin d'après-midi Visite d'un temple ou d'un village, à l'heure où la lumière s'adoucit
Le crépuscule Retour à bord, amarrage pour la nuit
Le soir Dîner sous les étoiles, silence complet

L'aube : le thé et les voiles

Le jour se lève sur une berge où personne d'autre n'a passé la nuit. Avant même le petit-déjeuner, un marin pose sur la table du pont un plateau de thé, et l'on regarde l'équipage larguer les amarres. Il y a ce moment, toujours un peu solennel, où les deux grandes voiles triangulaires montent le long des mâts et se gonflent d'un coup : la dahabieh s'écarte de la rive sans un bruit de moteur.

Car le vent du nord, dominant sur cette partie du fleuve, pousse les voiliers vers l'amont. Quand il tombe, un petit remorqueur prend le relais, puis relâche l'amarre dès que la toile peut de nouveau travailler.

La matinée : se laisser porter

Le petit-déjeuner est servi dehors, sans hâte. Puis vient ce que beaucoup de voyageurs retiendront le plus : de longues heures où il ne se passe presque rien. Des buffles se rafraîchissent dans les hauts-fonds, des enfants saluent depuis les champs, une felouque croise au loin. Le seul bruit est celui de l'eau contre la coque et du gréement qui grince.

On lit, on somnole sur les banquettes, on regarde la berge. Personne ne vous demandera de participer à quoi que ce soit.

Midi : un banc de sable pour soi

Vers la fin de la matinée, le capitaine choisit un banc de sable désert et y pousse doucement l'étrave. Lorsque l'équipage le juge sûr, on se baigne dans le Nil. Le déjeuner est parfois servi sur la berge même, une table dressée sur le sable, parfois sous les tauds du pont supérieur.

La cuisine est égyptienne, faite maison, sans buffet ni plateau chauffant. Elle est préparée pour une douzaine de convives, pas pour une centaine, et cela se goûte.

L'après-midi : un temple à l'heure dorée

La chaleur de la mi-journée passée, on descend à terre. Selon l'étape, cela peut être :

  • le temple d'Horus à Edfou, rejoint en calèche depuis la rive ;
  • les tombes rupestres d'El Kab, avec leurs scènes de vendanges et de pêche ;
  • les carrières et chapelles de Gebel el-Silsila, au bord d'un rétrécissement du fleuve ;
  • le temple double de Kom Ombo, posé au bord de l'eau, à voir quand le soleil décline ;
  • un village nubien, ou le marché aux chameaux de Daraw lorsqu'il se tient.

Souvent, on y arrive à pied par un chemin que les cars ne peuvent pas emprunter, parfois à dos d'âne. Les grands sites eux-mêmes se visitent à des heures décalées, avant ou après le passage des groupes. L'itinéraire d'Esna à Assouan détaille ces escales.

Le soir : dîner et silence

Au retour, la dahabieh s'amarre pour la nuit au pied d'une falaise ou contre une île. Aucun autre bateau en vue. Le dîner est servi sur le pont, parfois autour d'un feu sur la rive ; il arrive qu'un musicien nubien monte à bord pour la soirée.

Puis vient ce que l'on n'imaginait pas : le silence. Pas de moteur qui vibre dans la coque, pas de musique venue d'un bateau voisin. On s'endort au clapotis, et la nuit est noire, constellée d'étoiles.

L'équipage, ce chœur discret

On mesure vite combien la journée repose sur ceux qui l'orchestrent. Sur une dahabieh, les hommes d'équipage sont presque aussi nombreux que les passagers. Le capitaine lit le fleuve comme d'autres lisent une carte : il sait où le chenal se creuse, où le sable affleure, quelle île offrira un abri pour la nuit. Les marins manœuvrent la grande voile de l'avant et celle, plus petite, de l'arrière et tendent les cordages.

En cuisine, on prépare les repas pour une poignée de convives. Au salon du pont, quelqu'un veille à ce que le thé ne manque jamais. Et le guide, égyptologue de formation, accompagne chaque descente à terre, raconte les dieux et les pharaons, mais sait aussi se taire quand le paysage suffit.

Les heures sans programme

Ce qui déroute le plus les nouveaux venus, ce sont ces longues plages vides. Rien n'est prévu entre le petit-déjeuner et l'escale, ni entre le déjeuner et la visite. Chacun les remplit à sa façon :

  • lire, allongé sur les coussins du pont supérieur ;
  • dessiner ou écrire, comme le faisaient les voyageurs d'autrefois ;
  • photographier les berges, les silhouettes de pêcheurs, les palmiers à contre-jour ;
  • converser avec le guide ou les autres passagers, souvent peu nombreux ;
  • ne rien faire, ce qui reste l'activité la plus pratiquée à bord.

Cette lenteur est voulue. Elle rappelle le temps où, au XIXe siècle, les voyageurs louaient une dahabieh et son équipage pour des semaines entières et remontaient le fleuve au gré du vent. La romancière Amelia Edwards en a tiré l'un des grands récits de voyage de son époque.

Des escales hors des circuits

Une dahabieh ne s'arrête pas seulement devant les grands temples. Elle pousse son étrave là où les bateaux de croisière, trop grands, ne peuvent pas accoster :

  • Gebel el-Silsila, où l'on passe souvent la nuit au pied des carrières de grès ;
  • El Kab, l'ancienne Nekheb, et ses tombes de gouverneurs ;
  • des îles comme Bassaw ou El Ramady, simples bancs de verdure au milieu du courant ;
  • un village nubien, où l'on est parfois invité à déjeuner ;
  • une plage de sable, où l'équipage installe une table pour le repas.

Ces haltes donnent sa texture au voyage. Elles sont rarement annoncées à l'heure près : on s'y arrête quand le vent, la lumière et l'humeur du capitaine s'y prêtent.

Et si le vent ne vient pas ?

Il arrive que le fleuve reste lisse comme un miroir pendant des heures. Dans ce cas, un petit remorqueur s'approche et prend la dahabieh en remorque. La journée garde la même forme ; seule la musique change, avec le ronronnement discret du moteur de l'autre bateau. Dès qu'un souffle se lève, l'amarre est larguée et la voile reprend son office.

Une journée, selon la saison

La trame ne change guère au fil de l'année, mais la lumière et la température la colorent différemment. En hiver, on recherche le soleil sur le pont, on déjeune volontiers au grand jour, et le dîner se prend emmitouflé dans un châle, parfois près d'un feu allumé sur la berge. Au printemps et à l'automne, les après-midi s'étirent, tièdes, et l'on reste dehors bien après le coucher du soleil.

Aux mois les plus chauds, l'horloge se décale. On descend à terre à l'aube, on se replie sous les tauds aux heures brûlantes, et la vie reprend quand la chaleur cède, au crépuscule. La baignade de midi devient alors le moment le plus attendu de la journée.

La nuit au mouillage

Quand le dernier verre de thé est bu, chacun regagne sa cabine. Certains préfèrent s'attarder sur le pont, allongés sur les coussins, à suivre le lent mouvement des étoiles au-dessus du désert. Il n'y a pas de lumière à des kilomètres à la ronde, sinon parfois la lueur d'une lampe dans un village sur l'autre rive. Les chiens aboient au loin, un âne braie, puis tout retombe. Au matin, ce sera de nouveau le thé, les voiles, et le fleuve qui reprend sa course.

Le premier et le dernier jour

Ces deux journées échappent au schéma. Le jour du départ, on embarque à Esna après la visite du temple de Khnoum, et la première soirée sert à prendre ses marques. Le dernier jour, on débarque à Assouan dans la matinée. Une navigation de cinq nuits offre donc quatre vraies journées sur l'eau.

Ce qu'une journée en dahabieh n'offre pas

Mieux vaut le savoir avant de partir :

  • pas de piscine, sauf exception rare ; la baignade se fait dans le fleuve ;
  • pas d'animation le soir, ni discothèque ni spectacle ;
  • pas d'horaire garanti, puisque le vent commande en partie l'avancée ;
  • peu d'espaces fermés : on vit sur le pont, à l'air libre.

Ce que l'on gagne en échange, c'est une intimité rare. L'équipage retient vite les prénoms, et le bateau n'accueille qu'un petit nombre de passagers. Beaucoup choisissent d'ailleurs de privatiser la dahabieh pour un groupe d'amis ou une famille.

Pour comparer cette vie de bord avec celle d'un grand bateau, lisez notre carnet dahabieh ou bateau de croisière, et parcourez la flotte pour choisir votre voilier.

Questions fréquentes

À quelle heure commence la journée sur une dahabieh ?+

Tôt, avec la lumière. Le thé est servi sur le pont peu après l'aube, au moment où l'équipage hisse les voiles et quitte le mouillage. Rien n'oblige pourtant à se lever : le petit-déjeuner attend les retardataires, et la matinée de navigation se passe à son rythme, sans rendez-vous imposé.

Peut-on se baigner dans le Nil depuis une dahabieh ?+

Oui, à certains endroits. L'équipage choisit des bancs de sable ou des criques qu'il juge sûrs, en général pendant la halte de midi, et indique où l'on peut entrer dans l'eau. Ailleurs, on s'abstient. C'est l'une des rares activités sportives de la journée, puisque ces voiliers n'ont presque jamais de piscine.

Combien de temps navigue-t-on chaque jour ?+

Cela dépend surtout du vent. Les jours de brise, la dahabieh avance plusieurs heures, le matin et parfois l'après-midi. Quand l'air est immobile, un remorqueur prend le relais pour que le programme des escales soit respecté. On n'a jamais l'impression de courir : la distance quotidienne reste modeste.

Y a-t-il des animations le soir ?+

Pas au sens d'un bateau de croisière : ni spectacle, ni discothèque. Les soirées se passent à table sur le pont ou autour d'un feu sur la berge, sous les étoiles. Il arrive qu'un musicien nubien monte à bord. Le reste du temps, la principale distraction est le silence de la nuit au mouillage.

Les repas sont-ils servis en buffet ?+

Non. La cuisine est préparée à bord pour un petit nombre de passagers et servie à table, souvent en plein air. On mange égyptien, une cuisine familiale et généreuse. Le déjeuner peut avoir lieu sur un banc de sable, et le dîner autour d'un feu sur la rive, selon l'escale du jour.

Visite-t-on un temple chaque jour ?+

Presque chaque jour, mais rarement plus d'un ou deux sites. La descente à terre se fait de préférence en fin d'après-midi, quand la chaleur retombe et que les groupes ont quitté les lieux. Certaines journées sont presque entièrement consacrées à la navigation, avec seulement une halte dans un village ou sur une île.