Dahabieh

Champollion, Flaubert : les voyageurs français sur le Nil

Mis à jour le 1 novembre 2026

En bref

Avant le tourisme, des Français ont remonté le Nil pour le comprendre : Vivant Denon avec l'armée de Desaix en 1798-1799, Champollion en 1828-1829, Flaubert et Maxime Du Camp sur une cange en 1849-1850, Fromentin en 1869, Pierre Loti en 1907. Une dahabieh entre Louxor et Assouan repasse à Thèbes, Esna, Edfou et Philae, où une inscription française de 1799 se lit encore.

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Quand un voyageur français pose le pied sur une dahabieh, il entre sans toujours le savoir dans une longue histoire. Pendant un siècle, de la campagne de Bonaparte à la Belle Époque, écrivains et savants ont remonté ce fleuve, et une part de ce que l'Europe sait de l'Égypte ancienne vient de ces voyages. Certains y ont fait une découverte majeure. D'autres y ont surtout trouvé un style.

Ce carnet raconte qui est venu, quand et sur quoi, puis ce que l'on peut encore retrouver depuis le pont d'un voilier. Il complète notre explication du mot dahabieh, qui parle davantage du bateau. Il s'en tient aux faits établis, et n'invente rien de ce que ces voyageurs auraient pu dire.

Qui sont les Français qui ont remonté le Nil ?

Cinq noms résument le siècle, avec des motifs très différents : un dessinateur attaché à une armée, un savant, un écrivain, un peintre et un romancier-marin. Leurs voyages ne se ressemblent guère, si ce n'est par la lenteur et par le récit qu'ils en ont laissé, parfois publié bien après leur mort.

Voyageur Période Pourquoi Ce qu'il en reste
Vivant Denon 1798-1799 Suit l'armée de Desaix en Haute-Égypte Voyage dans la Basse et la Haute Égypte, 1802
Jean-François Champollion 1828-1829 Vérifier son déchiffrement sur place Lettres écrites d'Égypte et de Nubie, publiées après sa mort
Gustave Flaubert et Maxime Du Camp 1849-1850 Voyage d'écrivain, mission photographique Notes de Flaubert, publiées après sa mort ; album de Du Camp, 1852
Eugène Fromentin 1869 Invité pour l'inauguration du canal de Suez Son Voyage en Égypte, publié bien plus tard
Pierre Loti 1907 Voyage d'écrivain La Mort de Philae, 1909

La liste ne se limite pas à ces noms. L'ingénieur Apollinaire Lebas, qui a conduit le transport de l'obélisque de Louxor, et Auguste Mariette, qui a fondé le service égyptien des antiquités, comptent tout autant dans cette histoire. Mais ces cinq voyageurs ont laissé des récits que l'on peut lire à bord.

Que sont venus chercher Denon et les savants de Bonaparte ?

Denon est arrivé avec une armée, ce qui donne à son voyage un tour étrange. Il dessine pendant que les troupes de Desaix poursuivent les Mamelouks vers le sud, parfois dans l'urgence, et rapporte des images de temples alors presque inconnus en Europe. Son livre paraît en 1802 et connaît un grand succès.

Les savants de l'expédition rassemblent leur travail dans la Description de l'Égypte, publiée à partir de 1809. C'est elle qui lance véritablement la curiosité égyptologique en Europe, et donc tout ce qui suivra. Le voyageur d'aujourd'hui peut retrouver leur trace très concrètement : à Philae, sur le premier pylône, une inscription gravée par les Français rappelle l'arrivée de l'armée de Desaix jusqu'à cette frontière, en 1799. Demandez à votre guide de vous la montrer. Beaucoup de groupes passent à côté sans la voir.

Lazuli Roi Farouk, voilier de cinq cabines entre Esna et Assouan, sur le tronçon remonté par ces voyageurs

Pourquoi le voyage de Champollion a-t-il tout changé ?

Parce qu'il est venu vérifier sur place une théorie née à Paris. Champollion annonce le principe du déchiffrement des hiéroglyphes en 1822, dans sa célèbre lettre à M. Dacier, mais ne met pas les pieds en Égypte avant 1828. Il arrive avec une mission franco-toscane, conduite avec l'Italien Ippolito Rosellini, et remonte le Nil jusqu'à la deuxième cataracte.

Le voyage dure environ seize mois, et Champollion passe plusieurs mois à Thèbes. Avec ses compagnons, il s'installe dans la vallée des Rois, dans une tombe royale, et y travaille à copier les parois. Pour la première fois, quelqu'un lit réellement ce que ces murs racontent. Ses lettres envoyées à son frère sont publiées après sa mort, survenue à Paris en 1832, alors qu'il n'a que 41 ans.

Il est aussi lié à un monument que tout Parisien connaît. Il s'est intéressé au choix de l'obélisque destiné à la France : celui de la place de la Concorde vient du temple de Louxor, où son jumeau se dresse toujours. Le transport, mené par Lebas sur un bateau construit pour l'occasion, s'achève par son érection à Paris en 1836. Face à la façade du temple, le vide à droite de l'entrée parle à tout voyageur français.

Qu'ont fait Flaubert et Du Camp sur le Nil ?

Ils ont pris leur temps, et c'est pour cela que leur voyage nous ressemble davantage. Partis du Caire au début de 1850 sur une cange, un bateau cousin et plus modeste de la dahabieh, ils remontent jusqu'à la deuxième cataracte, puis redescendent lentement en s'arrêtant aux temples. Le retour au Caire a lieu quelques mois plus tard.

Les deux hommes ne regardent pas la même chose. Du Camp photographie : il a reçu une mission officielle, et son album paru en 1852 offre parmi les premières vues photographiques des monuments égyptiens publiées. Flaubert, lui, note tout, y compris ce que la bienséance de son époque réprouve. Son passage par Esna et sa rencontre avec la danseuse Kuchuk Hanem, qu'il décrit dans ses notes, restent les épisodes les plus célèbres de ce voyage. Ces carnets ne seront publiés qu'après sa mort.

Pour un voyageur d'aujourd'hui, ces pages sont une lecture de bord idéale, car elles ne parlent pas seulement des pierres, mais de l'ennui, de la chaleur, du vent qui tombe. On y retrouve le rythme réel de la navigation. Elles sont aussi le produit de leur siècle, avec un regard de voyageur européen qu'il faut lire comme tel.

Pourquoi Philae a-t-elle tant compté pour Loti ?

Parce que l'île était en train de disparaître. Après la construction du premier barrage d'Assouan, inaugurée au début du XXe siècle, Philae passait une partie de l'année sous l'eau, et l'on visitait ses colonnes en barque. Loti y vient en 1907, et son livre La Mort de Philae porte sur ce naufrage annoncé.

L'histoire lui donne tort et raison à la fois. Les temples ont été démontés puis remontés sur l'île voisine d'Agilkia, et la réinstallation s'est achevée en 1980 : le lieu que vous visitez n'est donc pas celui qu'il a vu, même si les pierres sont les mêmes. Les voyageurs arrivent aujourd'hui par une vedette et ne découvrent plus rien de ce décor noyé. Lire Loti sur cette traversée est une expérience singulière.

Comment une dahabieh refait-elle ce voyage ?

Elle en reprend le tronçon et l'allure, pas la durée. Les voyageurs du XIXe siècle partaient du Caire et mettaient des mois à remonter vers la cataracte, en dépendant du vent. Une dahabieh actuelle navigue le plus souvent entre Louxor ou Esna et Assouan, en quelques jours, souvent avec un remorqueur, comme l'explique notre carnet voile ou moteur.

Étape Qui y est passé À chercher aujourd'hui
Louxor et Thèbes Denon, Champollion, Flaubert La place vide de l'obélisque, la vallée des Rois
Esna Flaubert, Du Camp Le temple et ses couleurs restaurées, l'atmosphère d'un bourg d'embarquement
Edfou Denon, Du Camp Un temple dégagé par Mariette à partir de 1860
Kom Ombo Plusieurs de ces voyageurs La position du temple face au fleuve
Philae Desaix, Champollion, Loti L'inscription française de 1799, et un temple déplacé

Sur un voilier, les escales moins connues rendent mieux cette sensation d'arriver quelque part, comme le raconte sites hors circuits. Le format de sept nuits de Louxor à Assouan est le plus proche de ce rythme. Si vous n'avez que quatre nuits, gardez le tronçon d'Esna à Assouan.

Que lire avant de partir ou à bord ?

Prenez un ou deux livres, pas une bibliothèque. Les lettres de Champollion donnent l'émotion de la découverte, et le voyage de Flaubert, le ton le plus libre. Denon vaut surtout pour ses planches, et Loti pour Philae. Ces textes existent en plusieurs éditions, parfois en extraits, et beaucoup sont aujourd'hui dans le domaine public.

Si vous souhaitez aller plus loin, un voyage peut se construire autour de ces figures, avec quelqu'un qui saura les raconter : la croisière culturelle avec un égyptologue conférencier explique comment s'y prendre. Et si le carnet vous attire davantage que la lecture, dessiner sur le Nil renoue avec le geste de Denon.

Au mouillage, le soir, quand les rives s'assombrissent et que le bruit des villages traverse l'eau, on comprend ce qui les a tous retenus. Le monde a beaucoup changé depuis 1850. Mais le fleuve, lui, prend toujours son temps. Pour faire ce voyage à votre tour, commencez par la flotte ou par notre page sur la privatisation.

Questions fréquentes

Champollion a-t-il voyagé en dahabieh ?+

Sa mission a remonté le Nil en bateau traditionnel, comme tous les voyageurs de l'époque. Les sources parlent de deux embarcations, et le terme exact varie selon les récits ; nous préférons ne pas trancher.

Flaubert a-t-il écrit sur le Nil ?+

Oui, dans ses notes de voyage et ses lettres, publiées après sa mort. Il a voyagé avec Maxime Du Camp en 1849-1850, et a remonté le fleuve sur une cange.

Peut-on voir une trace de ces voyageurs en Égypte ?+

Oui. À Philae, une inscription française de 1799 rappelle le passage de l'armée de Desaix, et devant le temple de Louxor, un seul obélisque se dresse aujourd'hui : l'autre est à Paris.

Pourquoi un obélisque de Louxor est-il à Paris ?+

Il a été offert à la France au XIXe siècle, puis transporté par bateau et dressé place de la Concorde en 1836. Son jumeau est resté devant le temple de Louxor.

Peut-on organiser un voyage sur ce thème ?+

Oui, sur un voilier privatisé, avec un conférencier francophone organisé sur demande. L'itinéraire de Louxor à Assouan passe par plusieurs lieux de ces récits.

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